Le fantôme de l'émancipation.
La question décisive n'est pas de savoir pourquoi la violence resurgit dans les temples de la marchandise, mais pourquoi la vie peine tant à surgir hors de son emprise.
Parce que les individus sont matériellement dépendants de ce qui les dépossède.
Parce que la domination se reproduit jusque dans les tentatives de la combattre.
Parce que la critique sait mieux dénoncer ce qui existe qu'inventer ce qui pourrait vivre.
Parce que la peur de perdre ce que l'on possède l'emporte le plus souvent sur le désir de découvrir ce que l'on pourrait vivre.
Parce que l'émancipation a été conçue comme un événement futur plutôt que comme une activité présente.
Parce que les expériences qui échappent à la domination demeurent dispersées, fragiles et méconnues.
Parce que nous cherchons plus souvent les conditions de la vie émancipée dans ce qui la nie, au lieu de les chercher dans ce qui vit déjà.
Le dernier mot n’est plus à dire.

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